jeudi 3 mars 2011

Oihan : ça va mieux

Renmark (encore), Riverland, South Australia, 03 mars 2011


C'est drôle. Quand on est au chômage, on espère vraiment trouver un boulot au plus vite. Ca devient une obsession, le but à atteindre, l'Eldorado, et on a le sentiment qu'on ne pourra être heureux qu'une fois qu'on aura trouvé un job. J'ai fini par trouver un job. Il s'agit de ramasser des pêches parfois grosses comme des pamplemousses, destinées à être séchées. Mais une fois qu'on travaille, on se surprend à ne plus vouloir travailler, à envier les chômeurs, et à attendre avec impatience les jours de congé ! Et en l'occurrence, pour ce qui s'agit des travaux de ferme, les jours de congé, c'est les jours de pluie ! Donc, pour la première fois de ma vie, j'espère chaque jour voir tomber les premières gouttes salvatrices d'un orage qui m'obligera peut-être à vivre dans le van deux jours durant, mais qui me libérera des chaînes en acier trempé auxquelles m'a attaché Bill (fort accent, obèse, chapeau de cowboy, ne se déplace jamais de plus de 2 mètres sans son 4x4 blanc immaculé, à peu près comme 90% des patrons de ferme australiens). Bill me paye bien, $19 de l'heure. Il est exigent, mais professionnel. Les jobs payés de l'heure sont en général meilleurs que ceux payés au rendement. Esprit d'équipe et non de compétition, envie d'un travail bien fait et non d'un travail vite fait, assurance de gagner tous les jours la même somme.


Pour la première fois, mes collègues ne sont pour la plupart pas des backpackers. Bill n'aime pas les backpackers. Et il n'aime pas les filles non plus, mais pour des raisons différentes je pense. Dans mon équipe de 7, un backpacker allemand, et 5 résidents australiens originaires du Punjab (nord-ouest de l'Inde) qui ne parlent pas un mot d'anglais pour la plupart. Ils sont vraiment adorables, très souriants, très généreux, très rieurs, mais c'est assez dur de franchir la barrière de la langue. J'essaye d'abattre le premier coup de pioche en apprenant quelques rudiments de "Punjabi" : "tialodji" pour au boulot, "ahandji" pour oui, "sastriskhaal" pour bonjour, mais ça n'est pas suffisant pour faire passer le temps. Il va vraiment falloir que j'achète un lecteur MP3. Raj, le plus haut gradé de l'équipe qui jouit donc du droit de conduire le tracteur, parle tout de même assez bien. Il faut juste enregistrer que "diou bark bèle" signifie "you work well" et que quand il dit "Hazem! Come here!", il veut que je vienne. Oui, mon prénom a subi quelques modifications ; le premier jour, c'était un beau "Owyen", qui s'est dangereusement rapproché de "Aeyen", qui a connu son heure de gloire (alors que Raj lut mon nom sur la fiche de paye) avec un semblant de "Howyan", qui a malheureusement abouti (suite à une laborieuse conversation sur l'origine de mon prénom) sur le surnom de "Gump" (Oihan = forêt en basque = forest = Forest Gump), qui est retombé sur "Aeyen" parce que Raj oubliais tout le temps quel était mon surnom, puis "Hayein", "Hayzen", puis rien pendant un jour, il criait juste pour m'appeler (c'est d'ailleurs très blaissant de s'appeler "AARRGGLEW") et s'est enfin stabilisé sur "Hazem".


Le boulot est dur, très dur. Il fait très chaud, et très humide. Parfois, le thermomètre affiche 49°, mais il fait tellement humide dans les champs que la température ressentie doit avoisiner les 55°. Les moustiques sont là jour et nuit, par centaines. Ils piquent malgré le répulsif, à travers la chemise quand elle est collée à la peau par la transpiration, à travers le jean quand ils ont vraiment faim, et nous obligent à faire les cents pas pendant nos courtes pauses-clopes ("smoko" en australien) parce que le moindre arrêt de 10 secondes nous coûte quelques piqûres. Bien sûr, quand les moustiques ne sont pas là, les mouches prennent la relève, et croyez-moi, elles sont beaucoup plus insistantes que les mouches françaises. Et en plus certaines piquent ! On ne pisse pratiquement pas les 5 litres d'eau que l'on boit tellement on transpire, et le petit duvet qui revêt les pêches se colle au visage et gratte affreusement. C'est aussi la raison pour laquelle on attend aussi impatiemment la pluie : la température chute alors de 25°, l'air redevient sec, et on peut travailler dans de bonnes conditions pendant quelques jours. Et puis les pluies sont tellement diluviennes ici, que ça nous offre également une douche avec une pression plus conséquente que celle de la douche solaire. Il faut juste se dépêcher, la pluie pourrait s'arrêter alors qu'on a du savon dans les yeux !

Marghe prépare les pâtes fraîches
Gorgio prépare la sauce
 Je dors toujours au même endroit, sur mon petit parking de zoo, avec mes potes. J'ai mon petit rythme routinier : p'tit dèj' à 5h30 du matin, remplissage du bidon d'eau potable, boulot, pause déjeuner avec le repas que j'ai préparé la veille (qui n'est autre que le même repas que j'ai mangé au dîner), boulot, remplissage de la douche solaire, douche, courses, un peu d'internet, dîner, dodo à 22h00 maximum. Les "day-off", c'est grasse mat', nettoyage du van, et accordéon pour gagner un peu d'argent. Grâce à ces "day-off-accordéon", je ne touche pratiquement pas à l'argent que je gagne au boulot pour me nourrir et nourrir le van. Les habitants du parking vont et viennent. Persiste le noyau dur italiens-allemands-franche-comtois-moi, puis se succèdent français, allemands, italiens, belges, coréens, estoniens... Ricardo et Fransesca s'en vont, et on fête leur départ et l'anniversaire de Ricardo par la même occasion, cadeau musical à la clé (cliquez ici, et oui, je sais, c'est très kitch). Nos délires culinaires ne s'affaiblissent pas d'un cil. Entre deux barbecues, Giorgio et Marghe nous préparent les vraies "fresh pasta", Steph et Gaëlle de Liège nous font goûter la célèbre salade liégeoise, et moi, j'organise une soirée talo (talo eta ardigazna en entrée, talo eta txingar en plat de résistance, talo eta nutella en dessert, prefosta).

J'ai trouvé la plantxa parfaite pour les talo
 Les quatre français que l'on avait rencontré dans le Victoria et avec qui on avait passé Noël et Nouvel An passent me rendre visite. Ils s'intègrent très bien à notre week end post-pluie : pétanque, accordéon, "time's up", "loup garou" ("wolfman", mais aussi "dingoman", "mosquitoman", "emuman" au long des différentes parties) et funambulisme. Et barbecue, of course !


Voilà maintenant trois semaines que je ramasse des pêches, et le boulot touche à sa fin. Samedi, 14h00, Bill nous remercie du bon boulot qu'on a fait, et nous donne nos dernières fiches de paye. 15h30, j'ai trouvé un autre boulot, et je commence lundi. Presque trop simple ! Je laisse les pêches, et attaque les prunes. Cette fois c'est du "contract-job", payé au rendement. $50 brut la half-ton bin, remplie en 4 heures et demi le premier jour, 4 heure le deuxième, puis 3 à 3 heure et demi pour les jours suivant. Picker (ramasser) seul, c'est assez dur. Dur de se motiver, dur de finir les bin en temps et en heure. Heureusement que Simone et Han, le couple italio-coréen (pas couple couple, mais paire, covoyageurs, Simone étant un prénom masculin) mettent l'ambiance à chanter à tue-tête. Quoi ? Je vous ai pas encore parlé de Simone? Le Simone? "Saymon" en anglais? Plus communément appelé (silence, lumière tamisée, visage grave, voix rauque et profonde) "Il Milanezze"... Giorgio et Marghe m"ont expliqué que les milanais sont un peu l'équivalent des parisiens en France. Rien n'est mieux que Milan, tout le monde est plus con qu'un milanais, un milanais a toujours raison, un milanais est toujours plus fort. "Il Milanezze" ne travaille jamais plus de trois jours dans la même ferme parce qu'il s'ennuie et se fait virer. Il feint de se tordre la cheville pour aller au café toute la journée, il s'engueule avec les patrons parce qu'il a toujours raison, et cumule les PV pour raisons diverses et variées. Le pauvre Han le suit dans ses délires, essaye de l'empêcher de dépenser tout l'argent qu'ils gagnent, mais ils s'entendent malgré tout très bien. Et ils sont malgré tout très sympa. "Il Milanezze" s'est déjà lié d'amitié avec toute la mafia de Renmark (à savoir le garagiste italien, le patron du bar italien, la prof d'italien de l'école, et le patron de la pizzeria). C'est grâce à ce cercle de compatriotes qu'il a trouvé le boulot de ramassage de prunes, et qu'il m'y a fait entrer.


Une semaine et demi plus tard, le boulot de prunes se termine à son tour. Je ramasse tout de même une dernière prune sur le chemin du retour. 74 km/h au lieu de 60 km/h, $256. Ils rigolent pas en Australie. J'explique au flic que je fais toujours attention, et que j'ai pas beaucoup d'argent, que $256 ça représente à peu près 3 jours de boulot, et il me dit qu'honnêtement, je voyage, je suis jamais au même endroit, et que si je paye pas l'amende, ils vont pas me courir après. Mais que si je veux la payer, j'ai un mois de délai. Et que mon pneu avant droit est un peu lisse, je devrais vérifier le parallélisme.


Me voilà de nouveau au chômage, et j'envisage vraiment de partir cette fois. Je me dis que j'ai quand un même un peu d'argent, pas des montagnes, mais suffisamment pour être tranquille pendant un moment. C'était sans compter sur "Il Milanezze", qui a sympathisé avec la mafia grecque de Renmark (qui pour le coup, à ce qui parait, est vraiment une sorte de mafia), a trouvé une ferme qui va commencer les vendanges à la main, et cherche du monde. On va à la rencontre de Andrew, que j'appellerais dorénavant "El Greco", il nous explique le boulot, ça a l'air d'être assez rentable mais encore une fois, on ne peut savoir que si on essaye. Il nous donne rendez-vous dimanche à 7h00 du matin au block. En Australie, quand il n'y a pas beaucoup de boulot dans un endroit donné, un plan job s'ébruite très vite, et on se retrouve à être dans le même camping 14 personnes à aller bosser pour "El Greco" dimanche. On est mardi, et ça me laisse du coup 4 jours de vacances pour réfléchir un peu (et pour écrire cet article). C'est vrai que j'ai envie de partir, que j'en ai marre, mais d'un autre côté, si je me motive, je peux gagner suffisamment d'argent pour être tranquille peut-être jusqu'à la fin du trip, et j'engrange les jours dans le but d'atteindre les "88 jours" (nombre de jours de travail nécessaires pour avoir le droit de demander un deuxième visa) que tout backpacker essaye d'atteindre, au cas où. Je pense que je vais rester travailler. Peut-être deux semaines, si le boulot rapporte bien. Ca me laissera le temps d'organiser mon départ, trouver un "van-mate", appeler les hôtes de WOOFF, voir ce qui cloche avec mon pneu lisse. Pour l'instant, c'est vacances pour quelques jours ! Un peu d'accordéon de temps en temps bien sûr, mais ça fait du bien.


Et puis ça me laisse le temps de regarder les étoiles. Avant de m'endormir, je sors la tête du van (et de la moustiquaire) par la porte entrebâillée, et j'attends de voir quelques étoiles filantes. Je vous ai déjà dit à quel point le ciel était beau ?



vendredi 4 février 2011

Oihan : premiers instants alone

04/02/11, Renamrk, Riverland, South Australia



Chapitre I : Galères

Comment expliquer simplement ce qui est compliqué... Le van était enregistré dans le New South Wales, c'est à dire que les plaques d'immatriculations portaient la mention NSW, que je devais payer la vignette annuelle (REGO) et l'assurance au tiers (CTP) dans le NSW, et effectuer un contrôle technique dans le NSW, et nulle part ailleurs que dans le NSW. Ca, c'est ce que je sais maintenant.

Par cette belle matinée de mercredi 19 janvier 2011, je me réveille paisiblement, persuadé que grâce aux progrès de la communication informatique dont jouit l'humanité en ce vingt et unième siècle, je pourrais aisément régler tous ces payements sur internet. Je me rends la fleur au fusil à la première librairie pouvant m'offrir tous les gigabits, adresses IP et pixels dont j'aurais besoin, et commence par payer l'assurance. $835. Bien, c'est quoi l'étape suivante? Garage. Ok, c'est parti. Trois heures plus tard, je trouve un garage ouvert et commence à expliquer au vieux bonhomme. Je parviens à décrypter dans ce qu'il me semble être plus du grec que de l'anglais qu'il ne peut pas me faire un contrôle technique valable dans le NSW étant donné que je suis dans le South Australia, qu'il ne comprend rien à ce que je raconte, bien qu'il trouve que mon anglais est pas trop dégueulasse (ça me fait chaud au cœur et me donne envie de lui faire un câlin), et que je ferais mieux d'aller à "SA Service", les bureaux du ministère des transports en quelque sorte.

Je comprends beaucoup mieux la secrétaire de "SA Service", mais j'ai beaucoup moins envie de lui faire un câlin (même si elle au moins elle a pas plein d'huile sur les fringues et une haleine de kangourou en putréfaction) : je dois aller dans le NSW si je veux tout mettre à jour, ou bien m'enregistrer dans le South Australia, changer mes plaques, mon assurance, la REGO... Je n'hésite pas une seconde, parce que d'une je n'ai aucune envie de faire des milliers de bornes pour aller dans le NSW, et que de deux une voiture immatriculée au SA a beaucoup plus de cachet à la revente (simplicité de payement, coût très bas de la REGO, etc), mais je me vois tout de même dans l'obligation de payer $665. Tandis que le lecteur de carte bleue fait son boulot de sangsue, je fais le rapide calcul dans ma tête : 1505 - (835 + 665).


Le lendemain, je décolle pile à l'heure du caravan park. "C'est 10h00 maximum" m'avait re-répété la patronne. La veille, je m'étais un peu engueulé avec elle parce que j'avais un quart d'heure de retard, mais je m'en foutais,  je ne la reverrais jamais vu que je mettais le cap sur l'ouest ! Je ne savais que je devrais y repartir le soir même et en plus avoir à lui demander de signer un justificatif de domicile nécessaire à l'enregistrement du van en SA. Après 10 min de "yeux de cocker" intensifs, compliments sur la propreté du caravan park et traduction en anglais de ce qui était écrit sur mon permis international, elle a accepté, et m'a dit : "don't get me silly tomorrow, it's ten o'clock !"

J'appelle Allianz, la compagnie d'assurance qui vient de recevoir le cadeau de $800 pour une voiture qu'elle ne couvre même pas. Arrivé à la fin de mon crédit de téléphone, je décrète qu'il est beaucoup plus facile de donner de l'argent à une compagnie d'assurance que l'inverse. Enfin, par "l'inverse", je veux pas dire qu'il est difficile de donner de l'assurance à une compagnie d'argent, vous l'aurez compris. Bref ! Je mandate Amélie, notre éternelle maman en Australie, de faire parvenir un courrier à l'agence Allianz de Sydney pour que je récupère mon argent. Je l'attends toujours.

Je suis désolé de vous parler beaucoup d'argent dans ce chapitre, mais il faut dire que c'est exclusivement ce dont il a été question au long de ces deux semaines. Pour donner un ton plus sympathique à cet article, je remplacerais désormais les dollars par des koalas.


Mais revenons au calcul mental. Je vous donne la réponse : il me reste cinq koalas dans mon compte. Mes rêves de filer vers l'ouest sauvage de l'Australie pour vivre dans un ranch tombent un peu à l'eau pour l'instant.


Chapitre II : Galères

Le petit guide de fruit-picking m'indique que non loin d'Adelaïde, dans la Barossa Valley, productrice des trois quarts du vin australien, les vendanges ne vont pas tarder à commencer. Sur place, deux heures de route plus tard, les fermiers ne sont pas du même avis : suite aux fortes pluies des derniers mois, les vendanges sont retardées d'un mois. Bien. Re-consultons le petit guide, en laissant tomber tout ce qui concerne le vin, et en prenant en compte que je ne peux pas payer la moindre goutte d'essence. Bingo ! Le Riverland, région productrice de stone fruits (fruits à noyaux) qui se niche sur les berges de l'immense Murray River, est en pleine récolte, et n'est qu'à deux heures de route d'ici. Seulement, sur place, les fermiers encore : suite aux fortes pluies des derniers mois, la première récolte a commencé plus tôt que prévu et vient à peine de se terminer. Damned.


Je suis à Renmark. Je me gare dans une zone de camping autorisé, médusé, et attend le coucher de soleil. Peu à peu, plusieurs vans et voitures s'installent, et je vais à la rencontre de ces bacpackers. Tout le monde est dans la même galère, peu ou pas de boulot, des boulots très très mal payés, ou instables (tu bosses deux jours et t'as quatre jours de congé). Ils me donnent pleins de numéros à appeler. Je m'exécute le lendemain et me rend à l'évidence : le seul moyen d'avoir un boulot, c'est d'attendre. Attendre les vendanges, attendre la deuxième récolte, attendre qu'un poste se libère. Mais je ne pourrais pas attendre éternellement avec mes cinq petits koalas.

L'une des quatre Red Back Spider qui habitent dans les toilettes du camping

S'écoulent quelques jours où je cherche des fermes, j'appelle des fermiers, mais j'essaye de limiter au maximum les kilomètres. J'envisage le pire. Non, pas de me prostituer, mais de garder assez d'essence pour rentrer à Adelaïde, vendre le van et retourner en France... C'est la fin de l'après-midi, mais il doit bien faire encore 35°. Je discute avec deux couples d'italiens et un couple d'allemands, et l'envie me prend de jouer un peu d'accordéon. A la fin d'un morceau, Ricardo me dit : mais pourquoi tu batailles à trouver un boulot de merde mal payé alors que tu joues aussi bien de l'accordéon? Regarde, moi quand j'ai plus un rond, je joue des bongos devant le Woolworth (supermarché) et j'arrive à adopter une trentaine de koalas ! Je lui dis que j'essayerais demain et lui promets de lui offrir une bière si j'arrive à me faire de l'argent en jouant. Un van rose pétard s'arrête. Le jeune homme qui en sort se présente : il s'appelle Aitor, il vient de Bilbao, il est ingénieur du son, joue de la musique, et s'est arrêté car intrigué de voir un instrument de musique basque en Australie. On fait connaissance, il est adorable, on joue quelques morceaux basques, lui au txarango bolivien, moi à l'accordéon italien, en Australie, devant des allemends, français et italiens. Il m'invite à manger des pâtes, "the same shit diferent days" m'explique-t-il (et oui, on parle tous les deux basque, mais après plusieurs mois à parler anglais, notre cerveau a un peu de mal à se connecter sur "langue basque" et on alterne english, español et euskara), et on prévoit d'aller jouer ensemble à Renmark le lendemain.


C'est un dimanche. Un dimanche très ensoleillé. On monte dans "Pinky" et on se gare devant le Woolworth. A la fin du premier morceau, le vigile arrive, le sourire jusqu'aux oreilles, et nous explique que, malgré que la musique soit très jolie, il est interdit de jouer dans ce centre commercial, mais qu'il peut nous dessiner un petit plan pour nous montrer où on peut aller jouer. On y va, on joue une demi-heure, et je récupère mon chapeau avec 50 koalas à l'intérieur ! On sort du centre commercial pour souffler un peu, et on va au bord de la rivière, jouer un peu de musique, mais sans poser le chapeau cette fois. On compose une mélodie, et une dame nous offre le repas pour nous remercier d'avoir joué. C'est du fast food, mais c'est quand même très gentil de sa part. On repart jouer un peu, on reprend l'air un peu, et écrit un texte sur la mélodie. On repart jouer pour voir ce que donne la chanson en live, on fait quelques courses pour le soir, et on rentre au camping avec "Pinky" et un peu plus de 100 koalas. Après manger, on enregistre la chanson "Working Sunday" sur mon ordinateur en un temps record (j'avais la batterie de l'ordi chargée à peine à 40% ), devant l'oreille attentive de tous les backpacker du camping. Pour l'écouter, cliquez ici. On fait écouter le résultat à tout le monde, on regarde les étoiles pendant un long moment, et je dis au revoir à Aitor qui doit aller à Sydney. Il me dit de garder les koalas, qu'il a assez de koalas pour le moment, et que j'en ai plus besoin que lui. Le lendemain, il est parti, et moi, je commence à jouer de l'accordéon dans les centres commerciaux.

Le brouillon de "Working Sunday" 

Mon nouveau train de vie me va à ravir. Je vais jouer une heure ou deux en fin de matinée dans les centres commerciaux de Berri, Renmark, Waikerie, et je rentre avec 100 à 150 koalas au camping pour passer le reste de la journée avec les autres. Il y a Raphaël et Alex, les français mécanos de métier qui m'ont aidé à faire la vidange (et qui ont du coup fait la révision de tous les vans), Ricardo et Franccesca, qui ramassent des pêches et nous en offrent une poignée tous les soirs, Felix et Greta (pareil mais avec des prunes), Gorgio et Marghe, qui sont autant à la dèche que moi, qui ont toujours pas de boulot, et avec qui on a commencé un concours de cuisine qui consiste simplement à s'inviter alternativement à manger tous les soirs (ils ont battu ma tortilla de patatas avec leur risotto au vin blanc et safran...), et le vieux voisin qui s'occupe du zoo à côté duquel on dort, et qui nous offre des tomates du jardin, des abricots séchés et des œufs de caille.

Partie de Pocker - Jetons fabriqués avec ce qu'on a sous la main


Chapitre III : Galères

J'ai un peu honte de gagner de l'argent en jouant de la musique. C'est pas que j'ai l'impression de mendier, mais j'ai le sentiment de faire mon beurre sur le dos de la gentillesse des gens. Chaque fois, la première heure se passe à merveille, je suis heureux de jouer, heureux de voir que ma musique rend les gens heureux. Certains me donnent un sourire, d'autres un koala, certains me demandent de jouer "Fly Me Too The Moon", d'autres me proposent d'acheter mon accordéon parce qu'il est beau et qu'il irait bien dans la collection de vieux instruments de musique en bois. Mais au bout d'une heure et demi, la ferveur s'estompe, la créativité s'épuise, et la seule raison qui me pousse à continuer est le tas de koalas qui gonfle dans mon chapeau. Et ça, ça me plaît pas du tout. J'ai peur de me dégoûter de l'accordéon, j'ai peur de prendre l'habitude de vendre la musique comme du poisson frais au marché.


Je sais que tout le monde m'envie, que je gagne en une heure ce que les autres gagnent en une journée à trimer sous le soleil, mais je commence à avoir envie d'être payé à la sueur de mon front moi aussi. Je me remets en quête d'un boulot. Ramasser des melons de nuit à 100 km d'ici ? Ok ! En plus c'est sûr à 100% qu'ils ont besoin de monde... 100 km aller, 100 km retour plus tard, un fermier vient de virer trois gars parce qu'ils bossaient mal. C'est le moment d'entrer en scène ! Ah ben non, il veut pas les remplacer... Tiens je vais aller voir la ferme de prunes qui m'a dit il y a une semaine qu'il y aurait du boulot une semaine plus tard ! "What's your name again ? Ok, call me back in one week, we'll see what happens...". Je rencontre un français qui a un super boulot dans un champ de pêches et qui doit partir. Il me propose de me pointer à sa ferme le lendemain matin et de dire au boss que je le remplace. Manque de pot, le boss est très reglo, n'apprécie pas que le français le plante du jour au lendemain sans prévenir, et refuse de m'engager par principe. Et caetera.



Epilogue

J'entame ma deuxième semaine de chômage, alors qu'Isabelle bosse à fond dans son nouveau boulot. Elle a son appart, sa voiture, et vient d'être mutée. Elle commence lundi à Berri, dans le Riverland, à 10 km de là où je suis ! C'est chouette, on va pouvoir se voir un peu pendant une semaine. Je lui présente mes compagnons de chômage, elle me présente le cottage dans lequel elle vit. On profite des derniers instants qu'on peut passer ensemble, avant qu'elle soit mutée loin, très loin...

mercredi 19 janvier 2011

Souffle le vent du sud

18 janvier 2011, Adelaïde, South Australia

Nous avons quitté la Yarra Valley il y a un peu plus de 10 jours. Après avoir dit au revoir à tout le monde, déposé le cash à la banque, vérifié les niveaux du van, et fait le plein d'essence et d'eau potable, on a mis le cap sur l'ouest. On traverse Melbourne City d'est en ouest et on bivouaque au sud ouest de Melbourne, à quelques kilomètres de la station balnéaire de Geelong.



Le lendemain, direction la "Great Ocean Road", décrite par les guides comme la route la plus impressionnante d'Australie. On arrive à Torquay, capitale australienne du surf et point de départ de la "Great Ocean Road". Changement assez brutal de température ; l'air est brûlant, le vent chaud, le soleil assommant. On s'arrête à Bell's Beach se baigner et faire un peu de plongée. L'eau est glaciale, et ça fait un peu mal à la tête.



Une fois nos corps suffisamment acclimatés aux nouvelles températures, on entame cette fameuse "Great Ocean Road", et les guides n'ont pas menti : c'est absolument magnifique ! La route sillonne à flan de falaise et offre des panoramas exceptionnels. Rochers déchiquetés qui pointent hors d'une mer turquoise, falaises verdoyantes de végétation qui se fondent dans le sable blanc des centaines de petites plages et criques qui se succèdent. Isabelle devient une pro de la photo-en-voiture. Elle n'en est pas à conduire et prendre des photos en même temps, mais presque !



Arrivés à mi-chemin de la "Great Ocean Road", on trouve sur le "Camp 5" un camping gratuit et sympa au bord de l'embouchure d'une petite rivière. On roule, très confients, pendant quelques kilomètres sur une piste de sable. Un 4x4 aurait été le bienvenu mais le pilote qu'est Isabelle s'en sort à merveille. On arrête le moteur près de la petite rivière en question. Les barques de pécheurs rentrent de l'océan avant la tombée de la nuit et la wildlife nocturne semble s'activer dans les feuillages (j'ai cru voir les oreilles d'un wallabie, et Isabelle a rien vu du tout ; les herbes étaient un peu hautes quand même). On dîne paisiblement devant le magnifique coucher du soleil, ce soleil qui nous a tant fait souffrir cette journée, qui illumine à présent les collines de ses tons rouge-orangé, et qui nous réveillera demain matin pour briller encore et encore tout la journée, planté dans le bleu infini du ciel vierge de nuages...


Et non, il pleut ! On reprend la route, habillés du maillot de bain de la veille, associé au bonnet du jour. On découvre les paysages les plus touristiques (et non moins magnifiques) de la route ; des avancées de terre sur la mer, que la force des vagues a au long des années détaché du continent. Elles ont chacune leur nom : les "Twelve Apostles" (les douze apôtres), "The Arch", "The London Bridge", "The Grotto", "The Bay of Islands"...




On quitte enfin la "Great Ocean Road", mais on continue de rouler sur les routes côtières en direction de Adelaïde. On arrive à Port Fairy, où on se douche dans un caravan park. On continue quelques centaines de mètres vers la pointe de Port Fairy, et on tombe sur une plage de rochers et de broussaille. Le soleil, totalement absent toute la journée, se décide soudain à se montrer quelques minutes avant de se coucher, nous offrant encore une fois un magnifique panorama ("Le plus beau coucher de soleil de ma vie !" dixit Isabelle. Moi je saurais pas dire si c'était le plus beau de ma vie, mais il est dans le top 10 en tout cas !) On rencontre un Australien qui zozotte avec qui on discute un petit moment. Il nous prend en photo, et nous conseille un spot de pêche et un endroit où dormir (tout au bout de la pointe). Isabelle et lui m'ont juré d'avoir réussi à voir le rayon vert des derniers instants du soleil.


On se pose donc tout au bout du chemin, face à l'océan. La nuit est absolument splendide. Le vent pur saturé d'embruns nous fait un grand bien, et nous nous endormons paisiblement. Isabelle s'est même réveillée quelques minutes pour admirer le lever du soleil qui paraît-il était magnifique. Moi, j'avoue que j'ai le sommeil un peu lourd...




On continue tranquillement notre chemin. A Portland, on fait un petit crochet par Cape Nelson. Tout au bout, il y a un phare, juché sur d'immenses falaises escarpées. On s'approche très prudemment de ces falaises (Isabelle a un peu peur de s'envoler à cause du vent...). C'est magnifique. On dort sur place, dans le National Park, bercés par le ronronnement des éoliennes et la brise marine.


200m. C'est à peu près la distance qu'il nous faut quand, roulant à 80 km/h sur une route droite, on voit un animal au bord de la route, on réalise ce que c'est, et enfin on décide de s'arrêter et de faire demi-tour pour s'en approcher. C'est la première fois qu'on voit un koala d'aussi près, est aussi vivace. Celui-ci doit être sacrement en manque d'eucalyptus ; il veut absolument traverser la route malgré les gros camions qui passent à 100 km/h. A la fois sous le charme de cette petite bête poilue et effrayés de la situation, on cède un peu à la panique. On essaye de lui bloquer la route quand il y a trop de voitures, Isabelle tente de l'attirer en arrière avec des feuilles d'eucalyptus, et je feuillette à toute allure le Petit Futé pour trouver le numéro d'une association de protection des koalas. Mais l'animal est sauvage, se fait menaçant, grogne de plus en plus, se mouche un peu sur nous (acte toujours inexpliqué), et nous fait comprendre qu'il a vraiment l'intention de traverser. Il commence à avancer, et chaque fois qu'un camion passe, il recule et tremble comme une feuille. On attend que la route soit vide, et on le laisse passer, en n'osant regarder qu'à moitié, et en imaginant le pire. Il arrive de l'autre côté sain et sauf, et on reprend la route.



On est contents d'avoir vu un koala d'aussi près et de lui avoir peut-être sauvé la vie, mais on a le coeur lourd de ce que l'on vient de voir. On se sent honteux d'appartenir à la race humaine, on plie sous le poids de la responsabilité de toutes ces routes construites, ces villes étendues, ces forêts brûlées. Depuis tout petit, on nous dit qu'il y a des animaux en voie de disparition. Ça nous inspire pas grand chose "en voie de disparition". On se dit juste que c'est des animaux qui ont pas trop tenu le coup, qui se sont mal adaptés à la civilisation, mais on a du mal à se sentir concernés. Je peux vous dire qu'on voit les choses différemment quand, le petit koala, kangourou ou wombat qui dit coucou sur les cartes postales, gis au milieu de la route bouffé par les corbeaux et nous oblige à faire un petit écart. De même quand on se balade sur la plage et qu'on rencontre une otarie morte étouffée après avoir avalé un sac plastique. Triste constat de la wildlife en Australie...


Bref ! J'arrête là avec les choses tristes. Il est temps de changer d'état ! On dit au revoir au Victoria, et "Welcome to South Australia" ! On cuisine et mange tous nos fruits et légumes pour respecter la quarantaine entre les états, on se règle sur le nouveau fuseau horaire (un petit décalage horaire de temps en temps, ça fait pas de mal) et on va à la rencontre des paysages de ce nouvel état. Ça commence plutôt bien : Port Mc Donnell, on voit de magnifiques récifs débouchant sur une petite barrière de corail, et Mt Gambier, on découvre le "Blue Lake", un lac qui s'est formé dans le cratère d'un volcan éteint, et qui a un faux air de cuve de déchets liquides d'une usine d'armement nucléaire. Non, sans rire, il est juste un peu bleu, mais c'est purement naturel.


On se douche et on mange au bord de la mer, à Robe. Ville assez hippie. On fait la lessive, vaisselle et internet à Kingston. Ville assez... vide. La côte océanique prend maintenant la direction plein nord à l'approche d'Adelaïde. On roule un peu, et s'arrête dans un camping gratuit au bord de la plage déserte. C'est magnifique et on a encore droit à un flamboyant coucher de soleil ! Seul hic qui rassure pas trop : le très gros serpent qui a traversé la route juste avant d'arriver au camping. On rencontre une famille d'australiens qui vient d'Adelaïde. On discute pendant un bon moment, ils nous conseillent pas mal de choses à faire, et un caravan park très sympa et pas cher sur Adelaïde.


On suit les conseils des australiens rencontrés la veille et on file vers la Fleurieu Peninsula, une péninsule au sud d'Adelaïde. On prend un petit "cable-ferry" (un bac qui permet aux voitures de traverser les rivières, tiré par un câble tendu de part et d'autre de la rivière) à Wellington, et on s'arrête à Milang pour prendre une douche sur la plage. $1 pour 6 minutes d'eau chaude, ce sera une douche froide. Propres comme des sous neufs, on va à Newland Head, sur la Waitpinga Beach, une plage de surf très sauvage. C'est magnifique et on décide d'y passer la nuit. On rencontre un vieux couple d'allemands arrivé en Australie dans les 60's qui rentre de la pêche. On parle de la pluie et du beau temps et ils nous offrent un Australian Salmon qu'ils viennent de pêcher, vider, écailler et couper en filets. Royal !

Le temps pourri nous fait fuir la péninsule plus vite que prévu, et on file vers Adelaïde. Première impression : on arrive par la route côtière, et on se surprend à se retrouver à 10 km à peine de la CBD de la capitale (centre-ville) au bord d'une mer d'huile turquoise, pouvoir se garer plus que facilement, et être quasiment tout seul, sans passer par des bouchons, des 2 x 3 voies avec des milliers de voitures qui klaxonnent dans tous les sens. Ambiance paisible.

Objectif de cet aprem : me relooker ! Il faut dire que je me suis un peu laissé aller ; mes chaussures sont pleines de boue et de mûres écrasées, mes cheveux poussent dans tous les sens, ma barbe me grimpe jusqu'au yeux, et à force d'avoir une alimentation saine, j'ai un peu trop maigri pour mes fringues françaises. Pas question de faire un entretien d'embauche dans cet état là, et on a rendez-vous pour le boulot de photo dans 2 jours ! A la fin de l'aprem, je suis rasé, cheveux coupés, jean serré et tee-sheart pas 10 fois trop grand. On est prêts ! On s'installe dans le caravan park que nous avaient conseillé les australiens rencontrés à la plage.


Samedi matin, Amy, la boss du boulot de photo responsable du South Australia, appelle Isabelle pour nous proposer de faire un test d'une heure. A midi, on rencontre l'équipe dans un shopping center et on commence le test. Objectif : réussir à ramener trois familles au studio photo itinérant pour qu'ils fassent prendre leurs enfants en photo. Isabelle met en pratique ses connaissances d'animatrice (BAFA) et de commerce (licence) et réussit haut la main son test. Pour ma part, je suis beaucoup moins à l'aise et termine le test sur un score vierge.

Une décision s'impose. Après le test, il y a une période d'essai. Si on la fait ensemble, il y a de grandes chances pour que je pénalise Isabelle qui semble faite pour ce job et qui a vraiment envie d'être prise. Si on laisse tomber ce boulot parce qu'il ne me convient pas, on passe à côté de la chance d'avoir un boulot très bien payé qui nous permet de voyager, de faire d'immenses progrès en anglais et d'apprendre le métier de photographe.

On décide de partir chacun de son côté, Isabelle avec le boulot, et moi avec le van. C'est dur, mais ce n'est qu'un "à très bientôt" et ce sera très bénéfique pour l'un comme pour l'autre. Quand on se retrouvera, on sera je l'espère pratiquement bilingues, on aura chacun appris à se débrouiller tout seul, et on se racontera toutes les choses incroyables qui nous sont arrivées.

Amélie, notre maman de Sydney, est en voyage d'affaire à Adelaïde. On va boire un coup avec elle et elle en profite pour nous passer le courrier qu'elle a reçu à notre nom : l'assurance et la vignette de la voiture à payer pour l'année 2011 ($1100, aïe...). Lydia, la big boss, contacte Isabelle et lui explique qu'elle reste deux jours à l'essai à Adelaïde et qu'après, elle sera intégrée à une équipe itinérante. Pour fêter ça, on s'autorise une nuit dans un camping de luxe ! On se fait 2 heures de tennis, 1 heure de piscine, on se prend un bonne douche et Isabelle se prépare à son premier jour de boulot.


Je l'amène au shopping center à 7h15 du matin (on a un peu oublié ce qu'était de se lever tôt) et la récupère, exténuée, des cloques aux pieds parce que bon, les chaussures K-Mart à $10, c'est pas cher, mais c'est pas terrible, mais contente d'avoir réussi sa journée. Elle avait pour objectif de ramener 5 familles, et elle en a fait 7. Pour fêter ça, les pieds nus dans les rayons du Coles, elle choisit d'acheter les vrais "Tim Tam" (équivalent en notoriété au BN ou au Petit Ecolier en Australie) et non la sous marque "Triple Choc" qu'on avait l'habitude d'acheter. Ça lui fait passer un peu la douleur quand elle se désinfecte les cloques à l'alcool à brûler.

Je pars demain. Voyons ce que l'Australie nous réservera de beau...

lundi 10 janvier 2011

Blackberry picking

06/01/2011
Lilydale, Yarra Valley, Victoria

Oihan :
"Hi ! Do you have change in $1 coins please ?"
"Well... No, sorry !"
"No worries, bye !"
C'est toujours le même problème. Dès qu'il s'agit de faire notre lessive mensuelle, les "laundry machines" ne fonctionnant qu'avec des pièces de $1, c'est la chasse à la monnaie. Cendrier du van, poches des pantalons, sac à dos, petit trou à côté du levier de vitesse... Mais on tombe toujours sur des pièces de $2, et les magasins alentours de la "laundrette" en ont je pense marre de se faire piquer tout le temps leurs pièces de $1 par des backpackers en rade de linge propre.
Aujourd'hui j'ai dû marcher jusqu'au sex shop de Lilydale pour obtenir mes précieuses petites pièces dorées. Et alors que mes deux machines à laver, lancées avec une synchronisation digne d'un départ de 100m haie, font tranquillement leur boulot, je vous écrit ces quelques mots.


Nous sommes arrivés dans la magnifique Yarra Valley il y a presque un mois, et nous ne nous sommes toujours pas acclimaté à son, permettez-moi l'expression, facteur climatologique de 1 pour 10 : 4°C le matin, 40°C l'après-midi.
Nous avons suivi les instructions de Andrew, conseiller en emploi à l'Armée du Salut, qui, soit dit en passant, doit être un entreprise du même rang que Microsoft ou Coca Cola aux USA vu son omniprésence sur le pays-continent.

Nous avons donc été rendre visite à la ferme de Ian au 1005 Gembrook Road. Ce boulot est en apparence assez simple : ramasser des mûres de préférence mûres, les ramener aux "checkeuses" (contrôleuses), 3 teenagers australiennes, les peser, les emballer, et empocher les dollars.



Une fois la ferme trouvée, la question se pose : où va-t-on dormir ? On ouvre cérémonieusement le "Camp 5", Atlas recensant tous les campings payants ou sauvages d'Australie, priant les dieux du backpacker (voyageur) pour que le 1er camping gratuit ne soit pas à 100 bornes d'ici. Et là, "aaaaaahh" (petites voix angéliques et gammes pentatoniques majeures à la harpe symphoniques)....

Ah, deux secondes, ma machine est terminée, je récupère le linge et je suis à vous.
Voilà, j'en ai profité pour dire au boss de la laverie que le sèche-linge de gauche noircissait les fringues.

Bref, j'en étais où... ah oui ! On découvre donc dans le Camp 5, qu'à 10min de la ferme, on peut dormir gratuitement dans une forêt ! Bon, bien sûr, pas d'électricité, pas de douche, pas d'eau potable. On s'installe à côté d'une petite rivière, sous de grands eucalyptus, sans savoir qu'on va finalement rester 3 semaines dans cette forêt, et même y passer Noël.


On passe donc 3 semaines dans cette forêt ; debout à 6h pour aller ramasser des mûres, douche solaire quand il ne pleut pas, piscine de Yarra Junction quand il pleut trop pour aller travailler. On prend même un abonnement à la bibliothèque pour pouvoir aller sur internet et emprunter des dvd...

On fait la rencontre de Mick et Zanette, un couple de cinquantenaires australiens, qui vit dans une caravane et ramasse des fruits toute l'année, un peu partout en Australie. Ils sont adorables ; ils viennent tchatcher tous les soirs, nous offrent des bières, nous proposent de nous servir de leur groupe électrogène pour recharger nos portables, de leur hache pour débiter le bois, nous donnent des plans pour trouver du boulot et même des conseils de pêche !

On fait aussi la rencontre de Jean-Eudes, Charlotte, Vanessa et Quentin, 4 français qui voyagent dans un 4x4 intérieur léopard. Un soir de grand froid, alors qu'ils arrivent tard au camping, ils nous demandent de partager notre feu pour réchauffer leur haricots blancs. Le lendemain soir, sous une pluie battante, on demande asile sous leur grande bâche et on fait un repas tous ensemble. Le sur-lendemain, on va tous bosser ensemble dans la même ferme, et de fil en aiguille, on va se créer une petite famille dans la forêt : papa maman Mick et Zanette, et leurs 6 enfants adoptifs français.


Pour Noël, chacun prépare un peu le repas ; Quentin s'occupe de l'apéro et du vin, Isabelle des petits fours, Jean de l'entrée, Vanessa et moi du plat et Charlotte du dessert. Honnêtement, je n'imaginais pas qu'on se péterait autant le bide en pleine forêt. Tout était excellent et préparé avec amour !

Le lendemain, faute d'ouvrir les cadeaux, c'est pêche au bord du lac ! Mick nous a offert des gros vers de terre, et on essaye tant bien que mal de jeter notre ligne entre les nénuphars. Quentin réussit à pêcher 2 "redfin" (petits poissons d'eau douce à nageoires rouges) mais suite à un long débat sur la cruauté de la pêche et de la chasse, le régime végétalien, le respect de ses convictions et les méthodes des abattoirs, on a relâché les poissons agonisants.



Isa:
Après Noël, nous avons continué à travailler dans cette petite ferme, à l'ambiance familiale.
La saison est très mauvaise cette année. Les pluies sont ravageuses pour l'ensemble du pays : l'Est est inondé, les fruits ne poussent pas ou sont très endommagés, les agriculteurs et les fruit-pickeurs comme nous sont donc au bord de la faillite.



On ne gagne pas beaucoup d'argent mais je prend quand même énormément de plaisir à travailler car apparemment, j'ai été nommée "meilleure pickeuse de la ferme". Mon ascension ne s'est pas arrêtée là : quelques jours plus tard, je suis montée en grade et suis passée "checkeuse". Mon rôle étant d'enlever les mauvaises mûres des barquettes ramassées par les pickeurs. Étants payés en fonction de la quantité de mûres survivantes après le checkage, les pickeurs ne voient les checkeuses que comme des freins à leur succès. Difficile donc pour moi de passer de l'autre côté de la barrière et de supporter les regards tueurs de mes anciens collègues. J'en refuse même de checker Oihan.



Pendant ce temps, nos amis ont trouvé une ferme plus grande, où il est possible de s'installer pour y vivre. 2 frigos, 4 prises électriques, 6 toilettes, une douche et 4 lavabos pour 40 personnes : le grand luxe pour nous ! Seul bémol : 80% des travailleurs sont français. Nous décidons quand même de céder à l'offre alléchante de la grande ferme, nous sommes quand même là pour gagner de l'argent, ne l'oublions pas !

C'est bête, mais on a tous mal au coeur de quitter Mick et Zanette.
Petite photo souvenir.



Tout ce passe bien dans notre nouveau "chez nous", il y a bonne ambiance. Les gens sont là depuis plus d'un mois et nous appellent "les nouveaux".



31 décembre déjà ! Tout le monde se pomponne avant de prendre le métro pour Melbourne City. Attention les bouseux vont à la ville ! Les filles sont en robe et talons et les mecs ont sorti leur seule chemise pour l'occasion : c'est vraiment drôle à voir. 

Sachant qu'en plus, il fait une chaleur insupportable (40°C) donc tout le monde est déjà en sueur après la douche.
Nous sommes rentrés à 07:00am, une partie de pétanque (normal...) et au dodo ! Très bon réveillon.

Quelques jours plus tard, j'ai eu Lydia, la boss du boulot de photos au téléphone. Elle me confirme que je peux rencontrer son équipe à Adélaïde le 15 janvier. J'attend son message pour l'adresse exacte. On décide donc de quitter la ferme de Blackberry, après l'anniversaire de Jean bien sûr !

06 janvier : on reprend enfin la route pour plus de 1000 bornes !